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Courrier à la direction de l’université de collègues de la FST dénonçant leurs conditions de travail inacceptables

dimanche 27 septembre 2020

Ce courrier a été initié par des directeurs et directrices des études d’un département de la Faculté des sciences et technologies (FST), qui l’ont expédié individuellement tour à tour, puis il a été envoyé ensuite également par des collègues d’autres départements de la FST. Plus de 95 collègues ont déjà envoyé ce courrier.
Les réponses apportées par le président et le doyen se situent sous le courrier des collègues

Monsieur le Président, Madame la vice-présidente, Monsieur le Doyen,

Enseignants-Chercheurs à la FST, Département XXX, nous vous informons que la rentrée 2020 que nous vivons actuellement en tant que Directeurs des études, responsables d’UE, Enseignants-Chercheurs nous parait humainement insupportable. Elle pourrait pousser beaucoup d’entre nous à cesser le travail et, pourrait avoir des conséquences sur la santé de nombreux d’entre nous, et pas seulement les Directeurs des études.

Il y a URGENCE !

En effet, nos conditions de travail sont très fortement dégradées, et malgré les nombreux efforts faits par les équipes enseignantes ces dernières années, nous continuons à voir les charges administratives et les exigences des services communs augmenter, alors que les conditions techniques et pédagogiques dans lesquelles nous travaillons sont de plus en plus déplorables sans être imputables à la seule situation sanitaire.

Concrètement, cette rentrée est synonyme de :
- Faute de suffisamment de salles et amphithéâtres (ou du fait de flux entrants disproportionnés), les enseignants DEVRAIENT accepter de travailler de 8h à 20h et le samedi matin - sans la moindre contrepartie. Est ce que cette amplitude horaire demandée sur le terrain correspond aux horaires de l’ensemble des services de l’Université ? Les services de sécurité, d’appariteurs, mais aussi les secrétariats pédagogiques, les services des salles, sont-ils aussi tenus dans ce cas d’être à disposition ? Comment peut-on se satisfaire de cette solution alors qu’aucun bâtiment d’enseignement ne semble devoir sortir de terre avant longtemps ? En outre, ces créneaux horaires posent des problèmes devant être pris en compte quant à leur soutenabilité : des étudiants doivent prendre les transports en commun pour rentrer le soir et peu de trains seront fonctionnels après 20h. De même, le nombre d’étudiants obligés de travailler pour continuer leurs études augmente nettement, et les priver de ces créneaux ne peut qu’avoir une incidence sur leur employabilité, leur investissement et donc les empêcher de poursuivre leurs études, avec des conséquences évidentes sur leur succès.

- Les systèmes de captation vidéo en amphithéâtres qui avaient été promis ne sont pas installés (contrairement à d’autres universités, comme Bordeaux qui dispose dés cette rentrée de plusieurs centaines de vidéocaptation opérationnelles) et aucune échéance ne nous a été donnée pour leur installation et pour notre formation à cette technologie. Pire encore, suite aux travaux débutés dans les différents bâtiments, de nombreux systèmes de vidéoprojection ont été rendus inopérants dès les pré-rentrées, ce qui nous oblige à repousser nos cours ou à utiliser des pédagogies d’un autre temps. Une information en amont aurait été synonyme de considération envers nos préparations, et aurait permis de fonctionnaliser autrement les rentrées. Ces dysfonctionnements donnent une image désastreuse de notre université et met en porte-à-faux notre autorité et la considération des étudiants vis a vis de l’institution et des enseignants chercheurs.

- La quantité de travail demandée, et notamment aux Directeurs des études, augmente toujours plus, sans contrepartie, et les délais de réponses qui nous sont imposés sont de plus en plus courts, sans reconnaissance réelle de ce travail. Beaucoup d’enseignants ont vu leurs congés d’été raccourcis par la crise sanitaire et les nouvelles maquettes à préparer et ils sont actuellement submergés par les problèmes de la rentrée sans aucun moyen de les résoudre.
D’autres points pourraient être ajoutés concernant les secrétariats pédagogiques réduits à peau de chagrin, le mille-feuille des documents émanant de l’Université, de la FST, du département avec réactualisations constantes, l’arrivée constante de nouveaux logiciels non finalisés et non opérationnels, l’absence de consultation des Enseignants-Chercheurs sur les contenus de la communication institutionnelle (i.e vidéo de rentrée « la belle histoire » qui a heurté et généré un malaise chez plus d’un), l’état de délabrement de certains bâtiments, le flou des UE projet étudiants avec une plateforme de choix disponible un mois après la rentrée (et découverte à deux jours des pré-rentrées dans des diapositives institutionnelles sans aucune information préalable), un relais scolarité désorganisé malgré la bienveillance de ses équipes, un référentiel de stage qui limite à 10 petites minutes la gestion/évaluation par étudiant en Licence, une plateforme e-candidat qui demande aux jury de master et de licence un travail considérable auxquels s’ajoutent maintenant les validations d’acquis et les dossier Campus France etc...

Si nous avons collectivement décidé de vous envoyer ce mail, c’est pour tirer une énième fois la sonnette d’alarme, y compris par des courriers collectifs attendant toujours une réponse, avant que le système ne nous rende incapable d’avoir suffisamment de résilience pour assurer correctement notre métier d’enseignant-chercheur. En effet, nous incarnons l’Université de Lille devant les étudiants, et sommes ceux qui illustrent les dysfonctionnements ; c’est un fardeau que nous ne pouvons plus porter. C’est pourtant cette présence et cette disponibilité pour nos étudiants qui nous ont poussés ces dernières années à faire le dos rond et à être devant eux le représentant "honteux" de l’université, mais il nous semble qu’un seuil est atteint et que nos remarques et demandes doivent être une priorité pour l’Université, puisque nous en sommes la cheville ouvrière !

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le président, Madame la Vice-présidente, Monsieur le Doyen, nos salutations cordiales.


Les problèmes rencontrés sont recensés ici par les collègues mobilisé.es


Réponse du doyen de la FST en date du 12 septembre 2020

Mesdames et Messieurs,
Cher(e)s collègues,

Je suis destinataire de messages individuels d’alerte sur la situation des enseignants-chercheurs à la FST.
Je ne peux que souscrire au constat de la dégradation de l’exercice de nos missions.

Le patrimoine sur Cité Scientifique est en piteux état poursuivant sa dégradation au fil des ans et ce ne sont pas les quelques constructions vitrines issues du Plan Campus qui font supporter le reste.

La saturation des salles et des amphis était déjà une réalité les années précédentes. Les règles sanitaires et le rapatriement de formations sur le campus Cité Scientifique ont accru la pression. La rénovation ou/et la reconstruction de nouveaux bâtiments d’enseignement adaptés aux évolutions de la pédagogie reste, effectivement, dans un avenir lointain et entre les mains des tutelles et collectivités pour le financement. De facto, la recherche de nouvelles plages horaires qui ne sont guère séduisantes, n’est que la recherche d’une ultime solution pour accueillir les étudiants.

La course contre la montre pour tenter une « rentrée normale en présentiel » en pleine pandémie était une gageure qu’il fallait tenter malgré tout car on ne peut imaginer être réduit à enseigner à distance. Le résultat n’est pas à la hauteur de vos attentes mais un retard n’est pas l’abandon d’un déploiement.

Le travail sur les maquettes formations au cours cette contractualisation a trop duré. Plus de 3 ans ! La dernière ligne droite après l’accréditation a encore été plus raide. De nombreux retards dans le déploiement des outils, dans les arbitrages finaux, et le confinement de mars suite au COVID. Le travail sur le Plan de Reprise d’Activité s’est ajouté aux nombreux dossiers non finalisés.

La tension sur la masse salariale ne permet pas d’apporter le soutien en termes de personnels pour supporter cette surcharge de travail.

Alors, si en tant qu’enseignant-chercheur, je pourrai aisément signer ce texte pour le constat réaliste et l’expression d’un ras le bol, je déplore qu’il ne s’adresse peut-être pas à l’ensemble des parties prenantes. Ainsi, aucune interpellation de nos tutelles dont dépendent pourtant les subsides de notre université et donc, de notre faculté.

Une fois le constat amer partagé : Quels modes d’action proposez-vous ? Quel contre-projet de fonctionnement de l’Université ou de la FST présentez-vous ? Comment pensez-vous changer les choses ? Car c’est bien ce que vous demandez, que les choses changent enfin ! Et j’aimerai autant que vous, changer cet environnement afin de retrouver des conditions acceptables d’exercice de mes missions.

Mais c’est en tant que doyen que le texte m’est adressé et à ce titre, sur le périmètre qui est le mien, je peux vous répondre :
- je regrette que nos demandes de moyens RH, finances et patrimoine au fil des dialogues de gestion de l’Université de Lille ne sont pas pleinement satisfaites. Pour autant, je ne pense pas avoir fait l’économie des expressions collectives et individuelles, y compris publiques pour alerter non seulement la présidence, les élus des Conseils Centraux, mais aussi et surtout les tutelles.

- sur les secrétariats pédagogiques, au vu du nombre de secrétaires pédagogiques rapporté à l’effectif étudiants, l’université, nous considère comme particulièrement bien doté. Pour autant, le conseil de faculté a défendu le maintien de ces postes. Il a développé depuis deux années maintenant une politique de publication d’emplois permettant une stabilisation avec succès de nos agents contractuels sur les fonctions de secrétariats pédagogiques.

Quant au reste, la gestion des salles et des amphis, la rénovation des bâtiments d’enseignement, l’installation des dispositifs liés à la rentrée dans le cadre du plan de reprise d’activité, la faculté n’a ni les moyens, ni les compétences pour intervenir.

Vous serez sans doute déçu de cette réponse.

Cordialement,

Christophe Vuylsteker
Doyen
Faculté des sciences et technologies - Université de Lille


Réponse du président en date du 14 septembre 2020

De : "presidence"
Envoyé : Lundi 14 Septembre 2020 16:18:33
Objet : Réponse au message d’alerte : situation sur le campus cité scientifique

Chères et chers collègues

Vous m’alertez avec raison sur les conditions difficiles de la rentrée sur campus cité scientifique et notamment dans les formatons portées par la FST.

Je suis absolument consterné des conditions que vous décrivez et parfaitement en accord avec vous pour dire qu’elles ne sont pas acceptables.

J’ai demandé à Nicolas Postel, premier Vice-président - en charge du dossier patrimonial - de traiter en urgence cette situation de crise. Il dispose de mon entière confiance pour agir sans délai sur la question de l’équipement des bâtiments communs d’enseignement et notamment la problématique des défaillances de vidéoprojecteurs.

Je peux d’ores et déjà vous dire que nous avons, tout au long de cette semaine, tout mis en œuvre pour identifier les causes de cette carence de service. Elle est principalement liée à un profond défaut de coordination interne entre deux services qui est désormais réglée. Je sais ce que ce genre de problème logistique peut provoquer comme un sentiment d’abandon alors même que la situation de rentrée est rendue extrêmement compliquée, d’une part, par l’afflux d’étudiants en nombre toujours croissant et, d’autre part, en raison de la crise sanitaire inédite que nous connaissons. Vous le savez, depuis le mois de juin nous avons fait un effort important d’investissement en équipement de retransmission et en différents postes d’équipement (masques, solution hydro-alcoolique, nettoyage, etc.) pour faire face à cette situation.

J’ai demandé au premier vice-président de venir vous présenter les éléments concrets de résolution de la situation matérielle que vous dénoncez sur le site de cité scientifique ce vendredi 18 septembre à 16h30 dans l’amphi Hertz du P1.

Cela devrait permettre des échanges, que j’espère constructifs, bien que la situation soit complexe pour tous. Ce sera également l’occasion d’évoquer les autres aspects de votre alerte. Concernant la gestion des salles, une concertation avec les facultés utilisatrices du campus a été mise en place au cours du second semestre 2020 pour coordonner les créneaux d’utilisation des espaces. Je comprends les contraintes qu’elle contient, mais elle est absolument nécessaire compte tenu de la pression exercée sur les locaux par la hausse des effectifs et la nouvelle offre de formation qui inclut de nouvelles formations, en particulier au sein de la FST.

La question des lourdeurs des tâches administratives, notamment liées à la mise en place de la nouvelle offre de formation, me préoccupe tout comme vous et je vous proposerais d’échanger autour de pistes concrètes devant permettre de les réduire, ou de mieux organiser leur prise en charge, au sein de notre établissement.

La priorité de l’université publique est d’assurer la continuité des enseignements et de la recherche. C’est pourquoi, je vous assure de ma vigilance et de mon engagement au quotidien dans le suivi de ces questions. Je ne manquerai pas de suivre l’avancement de la situation particulière que vous vivez.

Je vous prie de recevoir mes meilleures salutations.

Jean-Christophe Camart
Président de l’Université de Lille