Accueil > Dossiers thématiques > Formation des enseignants > Une réforme de la formation des enseignant·es bâclée, précipitée et (...)

Une réforme de la formation des enseignant·es bâclée, précipitée et dangereuse en l’état actuel

dimanche 26 mai 2024

Analyse et liens de téléchargement des documents

En quoi consiste cette réforme ?

Nous présentons ici les grandes lignes à partir de différentes sources (diaporama “Écoles Normales XXIe siècle” qui a fuité sur les réseaux sociaux, échanges entre le réseau des INSPÉ et le cabinet de l’Élysée, informations glanées au CNESER) sans que les deux ministères (MEN, MESR) n’aient donné de document de mise en œuvre définitif.

LICENCE

Concernant les concours du professorat de premier degré, les étudiant·es rentreraient dès la L1 dans une licence professeur des écoles (licence PE) créées dans les INSPÉ et/ou dans d’autres composantes/facultés universitaires selon le maillage territorial existant. Ces licences seraient accréditées au niveau de l’université qui pourrait porter plusieurs licence PE. Ces licences devraient ouvrir en septembre 2025. Elles comporteraient 50 % de contenus « académiques », 30 % de contenus de « pédagogie » et 20 % de « terrain ».

Concernant les concours du professorat de second degré, les licences disciplinaires actuelles devraient créer des modules de préparation au concours dès la rentrée 2024 (1 en L2 à 30 ECTS et 1 en L3 à 30 ECTS).

Concours en fin de LICENCE

Concernant le concours, il est déplacé en fin de L3 dès 2025 pour tout le monde (CRPE ; CAPES / CAPET / CAPLP / CAPEPS ; CPE) sauf agrégation. L’ancien concours en M2 subsistera jusqu’en 2026. Des projets de maquettes génériques et programme de concours sont en cours de discussion. Notons que pour le premier degré, le concours devrait être centré sur les mathématiques et le français. Pour les lauréat·es du concours, les étudiant·es entreraient en M1 avec le statut d’alternant·e (indemnité de 900 euros) et seraient ensuite fonctionnaires stagiaires en M2 (rémunération de 1800 euros)

MASTER

Pour le premier degré, la première année (M1), il y aurait 62,5 % de "renforcement professionnel”, 37,5% "d’observations et pratique accompagnée" en contexte de classe, tandis qu’en seconde année (M2), il y aurait 50% de “renforcement professionnel” et les étudiant·es seraient à 50% en responsabilité de classe.
Pour le second degré, la première année (M1) comporterait 37,5 % "d’observations et de pratique accompagnée" en contexte de classe et 62,5 % de "renforcement professionnel", tandis qu’en seconde année (M2) les étudiant·es suivraient pour moitié des enseignements disciplinaires et serait à mi-temps en conduite de classe.

Structuration

Il existe actuellement un rapport de force entre le MEN et le MESR concernant la structure qui porterait la formation des enseignant·es. Le MEN défend la création d’une Ecole Normale Supérieur du Professorat (ENSP) sous co-tutelle MEN/MESR, tandis que le MESR souhaite une “structure de coordination” entre les universités (dont les INSPÉ) et le rectorat. Les équipes pédagogiques seraient pluricatégorielles avec des collègues du premier ou second degré choisis par le MEN et des universitaires. Les INSPÉ continueraient à exister dans leur forme actuelle régie par les articles L.721-1, L.721-2 et L.721-3 et resteraient des composantes de l’université pour porter les diplômes au même titre que les UFR/Facultés.

Pour plus de détails sur cette réforme voir les divers documents disponibles à l’adresse suivante : https://nextcloud.univ-lille.fr/index.php/s/7CKtMMkMRZzwkeG
Cet espace est alimenté au fur et à mesure de documents récupérés par le syndicat.

Cette réforme soulève encore de nombreuses questions et des points de vigilances à avoir. Pour plus de détails voir :
https://www.snesup.fr/sites/default/files/fichier/2024_05_07_lf_92_-_fde_.pdf

https://www.snesup.fr/sites/default/files/fichier/lettre_fde_avril-juin_2024mep.pdf

Que peut-on retenir du projet de réforme à l’heure actuelle ?

Un mépris de la part du gouvernement

Dans les réunions organisées par les deux ministères (MEN, MESR), les organisations syndicales (OS) ont discuté de la réforme sans aucun document ministériel officiel de mise en œuvre et n’ont eu que des informations orales sur certaines questions. Le seul document officiel à ce jour est le cadrage général de la réforme datant de novembre 2023. Par conséquent, aucun document officiel de mise en œuvre de la réforme n’est acté pour le moment alors que la rentrée 2024 approche à grans pas.

Un nombre de postes répartis entre les concours en fin de L3 (à partir de 2025) et ceux en fin de M2 (jusque 2027) très incertain

Sur cette question, les ministères (MEN, MESR) ne veulent pas donner de réponse avant décembre 2024 au moment du collectif budgétaire et du vote du budget 2025. Notons qu’un budget voté ne veut pas dire un budget exécuté. Rappelons qu’en début 2024, 670 M€ ont été rabotés dans l’Éducation nationale sur le budget initialement adopté fin 2023 et que l’ESR doit faire 904 M€ d’économies en 2024 sur son budget initial. De plus, compte tenu des 20 Md€ d’euros d’économie que veut faire le gouvernement en 2025, il y a fort à parier que le MEN et le MESR ne seront pas épargnés par cette coupe budgétaire drastique. Le gouvernement n’a donc aucune crédibilité.

Un cadre juridique des plus incertains

La réussite à des tests en L1 et L2 de la future licence PE dispenserait l’étudiant·e de l’admissibilité (épreuves écrites). De plus, l’étudiant·e ayant réussi le concours de la fonction publique à bac+3, en fin de licence (professorat des écoles pour le premier degré ou disciplinaire pour le second degré) devrait s’engager pendant 4 ans dans l’Éducation nationale, à compter de la date de titularisation, alors qu’il ou elle aurait un statut de stagiaire-alternant·e en M1 avec une indemnité (gratification) de 900 euros par mois. L’aspect juridique est donc très incertain sur cette réforme d’un concours d’accès à la fonction publique avancée par les deux ministères (MEN/MESR).

Un calendrier très serré qui arrive très tard !

Au niveau du MEN :
Le CSA se tiendra le 11 juin 2024 et sera précédé de deux réunions d’informations les 29 et 30 mai 2024. Voir les textes préparatoires :https://nextcloud.univ-lille.fr/index.php/s/7FnqLfrAZsj4SBX
Au niveau du MESR :
Différentes réunions sont prévues :
- 4 juin : modules licences disciplinaires, licence PE
- 13 juin : formation statutaire, master
- 28 juin : gouvernance des ENSP, accréditation, aspect ressources humaines

Faut-il faire la rentrée dans ces conditions ?

La FSU réclame, avec les autres OS de l’ESR, une autre réforme des enseignant·es avec des exigences de qualité des formations qui doivent être construites en concertation avec les personnels des composantes (dont INSPÉ) et les facultés universitaires. Il est urgent de la reporter et que l’Etat donne les moyens pour la mettre en oeuvre.

Pour information, la note de l’Université de Lille qui a été transmise aux composantes : https://nextcloud.univ-lille.fr/index.php/s/9Jb945mRxWMiX8N