Accueil > Dossiers thématiques > Budgets universitaires et austérité budgétaire de l’État > 44,9M€ : l’Université de Lille, une université exemplaire
-44,9M€ : l’Université de Lille, une université exemplaire
Budget initial 2026 de l’université de Lille
jeudi 15 janvier 2026
-44,9M€ : l’Université de Lille, une université exemplaire
L’université de Lille est exemplaire. La série de réformes supportées par les personnels en un temps record l’est en effet. D’abord, il y a eu la fusion des trois universités de Lille de 2018 opérée dans « l’urgence », « mal préparée », « avant tout motivée, non par une ambition académique, mais par la recherche du label d’excellence, finalement obtenu à la quatrième tentative en 2017 » comme l’analysait dans un rapport très sévère la Cour des Comptes en 2019. Cette copie passable, signe d’une bonne volonté réformatrice, a été accompagnée très modestement par une aide ponctuelle du ministère à hauteur d’1,2M€ annoncée à Lille le 5 avril 2016 [1], aide très largement insuffisante au regard des coûts de la fusion de 2,9M€ que le directeur général des services de l’université fusionnée de Grenoble estimait au même moment pour sa propre université, auxquels il ajoutait un surcoût dû à la nécessaire harmonisation des régimes indemnitaires chiffrée à 1,4M€ [2]. Et cette insuffisance a été confirmée a posteriori par les « Sages » de la rue de Cambon qui estimaient, dans leur rapport de 2019, le coût de la fusion lilloise entre 5 à 6,5M€. Ce processus de fusion des trois universités s’est accompagné par ailleurs de fusions dans la fusion pour ramener à une dizaine le nombre de composantes, jugées encore trop lentes dans un rapport de l’IGAENR signé Alain Perritaz en 2016 (« il faut aller plus vite dans le regroupement des UFR » [3]).
Tout ceci pour obtenir non pas le label IDEX tant convoité, mais un label I-Site. La conservation du label et des ressources financières additionnelles – i. e. non durables – qui lui sont associées a initié une nouvelle séquence particulièrement conflictuelle, à travers la transformation controversée de l’université de Lille en un établissement public expérimental (EPEX). Cette transformation a fait l’objet d’un large rejet de la communauté universitaire puisque 90 % des collègues qui ont participé au referendum s’y opposaient, au point que la moitié des composantes et même le conseil Académique n’ont pas approuvé les statuts de l’EPEX en 2021. Et ce n’est pas fini : après les révisions de statuts des composantes et de leurs compétences, les différents conseils centraux et facultaires auront dans quelques mois à donner un avis sur les statuts du Grand Établissement qui doit voir le jour en 2028…
« On attaque la moelle » (Régis Bordet)
En 2014, seule l’université de Lille 1 présidée par Philippe Rollet affichait un déficit (-2,9M€), les deux autres universités faisaient état de situations budgétaires relativement plus saines, surtout l’université de Lille 2 (+2,9M€) [4]. Après une décennie de réformes, l’université de Lille est aujourd’hui exemplaire du désengagement de l’Etat vis-à-vis du service public de l’enseignement supérieur public. A peine réélu le 8 décembre dernier, Régis Bordet avait les honneurs du journal Le Monde, eu égard au déficit de 44,9M€ annoncé pour 2026 (lui-même basé sur des hypothèses, qu’on espère pessimistes, en l’absence du vote du Projet de Loi de Finances 2026 [5]).
Peu importe la campagne d’emploi « blanche » pour les enseignant·es-chercheur·euses en 2019 sous la présidence de Jean-Christophe Camart, peu importe le plan de retour à l’équilibre ciblant les frais de fonctionnement, la diminution de l’offre de formation, la chasse aux heures complémentaires et le « pilotage de l’emploi Biatss » (suppression de 110 postes Biatss sur 3 ans), la « trajectoire budgétaire » de l’université de Lille est particulièrement inquiétante. En dépit d’une politique de gestion que la présidence se refuse à qualifier d’« austéritaire », l’université n’est toujours pas en mesure de présenter un budget à l’équilibre (le BI 2025 présentait un déficit de 25,1M €). Le Budget initial 2026, qui affiche un déficit abyssal inédit, a, cette année, reçu un avis défavorable du rectorat lors de la réunion du CA du 4 décembre 2025 qui l’a adopté (27 Pour, 3 Contre, les 6 élu·es de l’Alternative à l’Epex se sont abstenu·es). En savoir plus sur ce budget. Pour la FSU, le déficit de ce budget est lié, non pas à une politique laxiste de la part de la direction de l’université, mais aux insuffisances de la dotation de l’État, résultat d’une politique de « ruissellement vers le haut », c’est à dire une politique visant à favoriser les riches et très riches, par des allègements fiscaux multiples [6] qui font diminuer les recettes et par des soutiens massifs aux grandes entreprises, qui ont surtout fait le bonheur des actionnaires de celles-ci ces dernières années [7]. L’université devant payer ses fournisseurs et ses personnels, le déficit sera comblé par ponction sur les réserves de l’université, (comme en 2025) mais ce genre d’opération aura nécessairement un impact sur sa capacité à financer des projets importants ou urgents et ne peut être répétée durablement.
Voir en ligne : Budget 2026 U Lille : infos sur le déficit annoncé
[1] dépêche AEF n°535853
[2] dépêche AEF n°514043 du 21/01/2016
[3] dépêche AEF n°541269 du 30/06/2016
[4] dépêche N°611468 du 28/08/2019
[5] à la date de rédaction de cet article
[6] l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Eric Lombard, nous apprend dans une interview donnée à Libération, parue le 11 janvier 2026, que « La Direction des finances publiques avait regardé : parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu ! Au lieu de payer des charges sociales sur leur salaire, ils se font rémunérer dans les holdings. Ces mécanismes sont légaux, mais injustes. ».
[7] voir par exemple les anlyses d’ATTAC ou Oxfam sur l’augmentation massive des dividendes versés par les entreprises du CAC 40 depuis 2019
FSU ULille