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Handicap à U Lille : des schémas ambitieux, mais des moyens insuffisants

lundi 24 novembre 2025

L’Université de Lille a adopté récemment un nouveau schéma directeur pluriannuel du handicap (SDPH) ainsi que, nouveauté, un schéma pluriannuel d’accessibilité numérique (SPAN).

Ces documents, dont vous trouverez les versions soumises au CSA en documents attachés à cet article (SDPH et SPAN), ont fait l’objet d’un important processus de co-construction. La FSU, qui s’est fortement investie dans la réflexion pour le volet du SDPH relatif aux personnels, a toutefois regretté que les organisations syndicales n’aient pas été associées au volet « étudiant·es » du SDPH ou au SPAN, alors que l’accessibilité numérique concerne aussi les personnels et que les aménagements pédagogiques ou d’examen sont un sujet de préoccupation de nombre de collègues enseignant·es.

Ces documents fournissent un constat éclairant et des pistes de réflexion et d’action particulièrement pertinentes. De nombreuses actions ont été engagées ainsi que de nombreux partenariats (par exemple avec Atypie Friendly ou en matière d’insertion professionnelle). De même, le nombre d’étudiant·es et de personnels en situation de handicap ne cesse d’augmenter, preuve d’une accessibilité grandissante de l’université. Pourtant, il reste beaucoup à faire pour garantir des conditions d’études et de travail dignes ainsi qu’une véritable adaptation de l’université, que ce soit en matière d’accessibilité des bâtiments, de respect des aménagements de postes ou d’études ou d’accessibilité des outils numériques.
De même, le fait que la plupart des collègues en situation de handicap soient des personnels BIATSS, plutôt en catégorie C ou B, en BAP J et en fin de carrière, montre que l’accès des personnes en situation de handicap aux métiers de l’enseignement et de la recherche est très limité. Le SDPH prévoit à ce titre, outre des actions de communication, de nouvelles voies de recrutement moins contraintes pour les personnes en situation de handicap.

Certains problèmes ne sont toutefois pas traités par ces schémas. Comme pour l’égalité femmes/hommes et la lutte contre les discriminations, le portage politique de ces schémas nous semble incertain. Si le Président a promis la désignation d’un·e vice-président·e dédié·e, le fait qu’il n’y en ait pas eu dans l’équipe sortante et qu’il ait fallu attendre la pré-campagne électorale pour obtenir cette annonce interroge sur la légitimité dont disposera la personne désignée. Cette question du portage n’est pas étrangère aux difficultés ponctuelles qu’on rencontre parfois dans l’accompagnement de collègues notamment.

De plus, hormis dans le schéma d’accessibilité numérique, la question des moyens humains et financiers est très peu traitée. Certes il s’agit d’un schéma, mais le développement de nouvelles actions ou le renforcement de dispositifs existants doit impliquer des moyens humains supplémentaires, sous forme de recrutements ou d’augmentation des décharges, notamment pour les collègues assurant des missions de référent·es handicap en composantes. Le volet « personnels » du SDPH précise d’ailleurs bien, sur les aménagements de postes, que le sous-effectif du service concerné par rapport au prévisionnel ne permet pas d’atteindre les objectifs.

De la même manière, le volet « étudiant·es » ne dit rien sur les difficultés à mettre en place les aménagements pédagogiques et d’examen des étudiant·es. Il y a bien des problèmes de sensibilisation de collègues : les formations sont sur la base du volontariat et ne rassemblent qu’un public déjà intéressé alors qu’il conviendrait de les généraliser et de les intégrer dans des modules obligatoires (dont ceux de la formation néo-MCF), ce qui suppose des moyens. Mais il y a aussi un manque de moyens humains pour aider à la surveillance ou gérer le matériel nécessaire à l’adaptation des évaluations. En outre, la généralisation du contrôle continu démultiplie les difficultés pour des équipes enseignantes qui se retrouvent bien souvent à bricoler. Le « sujet inclusif » désormais possible, n’est toutefois pas un remède miracle.
Enfin, se pose la question de l’application de ces schémas dans un contexte où, d’une part, l’université dépend d’outils externes et où, d’autre part, les établissements composantes disposent d’une liberté totale. C’est ce qu’on observe par exemple pour l’accessibilité numérique : comment l’appliquer alors qu’on dépend de solutions logicielles externes comme ADE (toujours inaccessible aux personnes déficientes visuelles) et alors qu’un établissement composante est en contrat avec Microsoft ?

La FSU poursuivra son engagement pour l’accessibilité de l’université à tous les niveaux et pour qu’on puisse étudier et travailler à l’université sans être discriminé·e en raison d’une situation de handicap.